La biologie médicale, une composante essentielle du système de santé, repose sur l’analyse d’échantillons biologiques tels que le sang, les selles, les urines, LCR et les crachats. Elle joue un rôle clé dans la surveillance épidémiologique, la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies.
« Elle permet de vérifier les diagnostics de présomption, d’orienter et d’accompagner les médecins dans le traitement des patients. C’est aussi un moyen efficace de prévention à travers le dépistage ou la détection précoce de maladies en phase de latence », explique le Dr Ibrahima Sory Diallo, biologiste exerçant à la polyclinique Dogomet.
Selon lui, la biologie médicale est un domaine vaste regroupant plusieurs branches spécialisées, notamment :
Biologie des agents infectieux (bactéries, virus, parasites et hygiène hospitalière)
Biologie de la reproduction (analyse des liquides séminaux et aide technique à la procréation médicalement assistée)
Immunologie (étude des mécanismes de défense de l’organisme, essentielle lors des greffes et transplantations)
Hématologie biologique (diagnostic des pathologies du sang)
Biologie moléculaire (étude des molécules supportant le message héréditaire – ADN et ARN)
Cytogénétique (étude des chromosomes)
« Le rôle que nous jouons est déterminant et essentiel pour le médecin. Une erreur de notre part peut entraîner une erreur médicale. En quelque sorte, la biologie médicale représente les yeux des médecins dans la prise en charge des maladies », précise-t-il.
Des défis majeurs à relever
Malgré son importance, la profession de biologiste médical en Guinée est confrontée à plusieurs défis, selon Dr Ibrahima Sory Diallo.
1. Absence de reconnaissance institutionnelle
Lors du dernier concours d’intégration à la fonction publique, près de 3 000 biologistes médicaux ont vu leur filière supprimée du compte du ministère de la Santé.
« À ce jour, l’État guinéen refuse de nous reconnaître, et l’Ordre national des biologistes de Guinée n’existe que sur le papier, contrairement à celui des médecins ou des pharmaciens. Pourtant, chaque année, l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry forme des biologistes qui n’ont aucun document leur permettant d’exercer à l’étranger ni d’attester officiellement de leur statut », déplore Dr Diallo.
<< C’est un véritable paradoxe : former des biologistes, puis refuser de les reconnaître », ajoute-t-il.
2. Manque d’infrastructures et de moyens d’apprentissage
Les établissements d’enseignement supérieur en biologie médicale sont rares et insuffisamment équipés. L’absence de matériel adéquat empêche une formation pratique de qualité, pourtant indispensable dans ce domaine.
3. Manque d’organisation de la profession
L’absence d’une structure forte et organisée complique davantage la mise en place d’un Ordre national des biologistes médicaux, ce qui limite la reconnaissance et la promotion du métier.
4. Insuffisance de l’accompagnement de l’État dans la spécialisation
En Guinée, les opportunités de spécialisation en biologie médicale (master et doctorat) sont limitées et rarement accessibles, faute de soutien financier de l’État.
Les revendications des biologistes médicaux
Face à ces défis, Dr Ibrahima Sory Diallo formule plusieurs recommandations à l’attention des autorités :
✅ Équiper les hôpitaux et les établissements d’enseignement supérieur pour une meilleure formation et un exercice optimal de la biologie médicale en Guinée.
✅ Accompagner les jeunes biologistes médicaux en subventionnant les études de spécialisation (master et doctorat) à travers des bourses d’études.
✅ Reconnaître officiellement la profession de biologiste médical en facilitant la création d’un Ordre national des biologistes médicaux.
✅ Encourager l’offre et le suivi des stages pratiques pour une meilleure intégration des étudiants dans le domaine.
« Il est temps que l’État guinéen nous reconnaisse et nous accompagne dans notre formation afin que nous puissions nous spécialiser et servir notre pays dans les normes et principes requis », conclut Dr Diallo.
Morlaye KÉÏTA
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